Le kendo : l’art martial passionnant qui séduit plus de 5 000 pratiquants en France

mars 28, 2026

Le kendo (剣道, littéralement « la voie du sabre ») est l’un des arts martiaux japonais les plus fascinants qui soit. Né des techniques de combat des samouraïs, il mêle discipline physique, rigueur mentale et profonde dimension spirituelle. Si vous avez déjà vu deux combattants en armure échanger des frappes précises au sabre en bambou dans un dojo, vous avez sans doute ressenti cette magie particulière. Moi, la première fois que j’ai assisté à un combat de kendo, j’en suis resté bouche bée. Il y avait une intensité dans les yeux des combattants, un calme sous la tension, que je n’avais jamais vu dans d’autres sports. Autant vous dire que j’ai voulu en savoir plus, et je ne le regrette pas.

Dans cet article, je vous explique tout sur le kendo : son histoire, son équipement, ses bienfaits, et comment débuter concrètement, même si vous n’avez jamais tenu un sabre de votre vie.

Kendo : qu’est-ce que c’est exactement ?

La définition en une phrase

Le kendo est la forme moderne du kenjutsu, l’escrime au sabre pratiquée autrefois par les samouraïs japonais. C’est à la fois un sport de compétition, un art martial et une voie de développement personnel. Les pratiquants, appelés kenshi (ou parfois kendoka), s’affrontent avec un sabre en bambou appelé shinai, protégés par une armure traditionnelle nommée bogu.

Kendo ou kenjutsu : quelle différence ?

Le kenjutsu désigne les anciennes techniques de combat au sabre utilisées sur les champs de bataille. Le kendo, lui, est né au fil des siècles pour devenir une discipline accessible à tous, orientée autant vers la formation du caractère que vers le combat sportif. En résumé : le kenjutsu est l’ancêtre, le kendo est l’héritier moderne et civilisé.

Une histoire millénaire : des samouraïs à nos dojos

Les origines du kendo dans le Japon féodal

Les premières formes d’escrime au sabre au Japon remontent aux IIIe et IVe siècles. Pendant l’ère des samouraïs (1185-1868), le maniement du sabre était au cœur de la formation des guerriers. C’est au début du XVIIIe siècle que Naganuma Shiro inventa le shinai (sabre en bambou) et les premières protections, permettant ainsi des combats réels à l’entraînement sans risque de mort. Une petite révolution qui a changé la pratique pour toujours.

De l’époque Edo à la modernisation

Pendant la longue période de paix de l’époque Edo (1600-1868), le kenjutsu évolua progressivement, passant de « sabre pour tuer » à « sabre pour vivre », c’est-à-dire un outil de formation du caractère. En 1912, le terme kendo apparait officiellement pour la première fois dans les Nihon Kendo no Kata. Après la Seconde Guerre mondiale, la pratique fut interdite pendant quelques années par les occupants américains, avant de renaitre officiellement en 1952 avec la création de la Fédération japonaise de kendo.

Le kendo arrive en France

La France a une histoire ancienne avec le kendo : la première démonstration sur le territoire remonte à 1899, lors de la visite de Jigoro Kano, le créateur du judo. La pratique française s’organise réellement dès les années 1950, sous l’égide de maitres japonais, et le premier championnat de France de kendo est organisé en 1959. Aujourd’hui, en France, le kendo est rattaché à la FFJDA (Fédération Française de Judo, Jujitsu, Kendo et Disciplines Assimilées) via le Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées (CNKDR), qui regroupe environ 5 000 pratiquants licenciés. La France est d’ailleurs l’une des fédérations européennes les plus importantes.

Les bienfaits du kendo : pourquoi se lancer ?

Je l’ai vécu dans ma carrière de prof de sport : les arts martiaux ont une capacité unique à transformer les gens. Le kendo ne fait pas exception. Voici ce que cette pratique apporte concrètement.

  • Développement mental : concentration, gestion du stress, persévérance. Le kendo apprend à rester calme sous la pression, une compétence utile bien au-delà du dojo.
  • Condition physique : le kendo est un sport d’intensité variable, exigeant vitesse, coordination, équilibre et endurance. Un vrai entrainement complet.
  • Discipline et respect : l’étiquette (le reiho) est au cœur de la pratique. On s’incline en entrant dans le dojo, on remercie ses partenaires. Ces habitudes se répercutent dans la vie quotidienne.
  • Lien social fort : l’ambiance dans un dojo de kendo est souvent remarquable. On y croise des enfants, des adultes, des seniors. Tout le monde s’entraine ensemble, et les amitiés forgées là sont durables.
  • Connaissance culturelle : pratiquer le kendo, c’est aussi plonger dans la culture japonaise, ses codes, sa philosophie, ses valeurs. Une richesse que peu d’autres sports offrent.
  • Accessible à tous les âges : grâce aux protections et à l’absence de contact physique violent, le kendo peut se pratiquer dès 5-6 ans et jusqu’à plus de 80 ans. C’est rare pour un sport de combat.
DisciplineÂge minimumBudget départContact physiqueDimension culturelle
Kendo5-6 ans150-400 €Faible (protégé)Très forte (Japon)
Judo4-5 ans50-150 €Fort (projections)Forte (Japon)
Karaté5-6 ans50-100 €ModéréForte (Japon/Okinawa)
Escrime7-8 ans200-500 €Faible (protégé)Modérée (Europe)

Mon conseil de terrain : si vous hésitez entre kendo et judo pour votre enfant, posez-lui la question simple : est-ce qu’il préfère courir et frapper, ou être au contact et projeter ? La réponse vous guidera naturellement.

L’équipement du kendo expliqué simplement

C’est souvent la première question que me posent les débutants : « Combien ça coûte de s’équiper ? » Rassurez-vous, il n’est pas nécessaire de tout acheter dès le premier cours. Voici comment ca se passe.

Le shinai, l’âme du kendoka

Le shinai est le sabre en bambou utilisé lors des entrainements et des compétitions. Il est composé de quatre lattes de bambou assemblées et mesure environ 115 cm pour un adulte. C’est un outil d’une belle précision : la partie « tranchante » est définie, et les coups doivent être portés avec cette face précise pour être valables. Il existe aussi des shinai en fibre de carbone, plus résistants, mais les praticiens traditionnels restent attachés au bambou. Comptez entre 20 et 50 € pour un bon shinai de départ. Le bokken (sabre en bois) est lui utilisé pour la pratique des katas, ces enchaînements codifiés de techniques.

Le bogu : l’armure de protection

Le bogu (ou kendo-gu) est l’armure traditionnelle du kendoka. Elle se compose de quatre éléments :

  • Men : le masque, avec une grille métallique protégeant le visage, la tête, le cou et les épaules.
  • Kote : les gants protégeant les poignets et les avant-bras.
  • Do : le plastron protégeant le ventre et la poitrine, souvent en lattes de bambou laquées.
  • Tare : la ceinture de protection couvrant le bas-ventre et le haut des cuisses.

Un bogu d’entrée de gamme correct se trouve entre 150 et 300 €. Les kendoka avancés investissent souvent plus dans du matériel artisanal japonais, mais pour débuter, ce n’est absolument pas nécessaire. Dans la plupart des dojos, les débutants peuvent emprunter une armure pendant les premières semaines ou les premiers mois.

Le keikogi et le hakama : l’uniforme traditionnel

L’uniforme du kendoka se compose du keikogi (une veste robuste) et du hakama (un pantalon-jupe à larges plis). Tous deux sont généralement de couleur indigo, une teinte traditionnelle japonaise réputée pour ses propriétés naturellement stiptiques. Le hakama comporte cinq plis à l’avant et deux à l’arrière, représentant les sept vertus du Bushido : l’honneur, l’intégrité, le respect, le devoir, le courage, la compassion et l’honnêteté. Pas mal pour un pantalon, non ?

Comment débuter le kendo : le guide pratique

À quel âge commence-t-on ?

Le kendo accueille les enfants dès 5-6 ans, et il n’y a pas d’âge limite pour commencer en tant qu’adulte. J’ai personnellement vu des quadragénaires et des quinquagénaires démarrer la pratique et progresser très rapidement, portés par leur maturité et leur motivation. L’absence de catégorie de poids et la progressivité de l’apprentissage font du kendo un art martial réellement inclusif.

Quel budget prévoir pour démarrer ?

Pour les premières semaines, le budget est minime : une tenue (keikogi + hakama) entre 50 et 100 €, et un shinai autour de 25-30 €. L’armure complète (bogu) n’est généralement exigée qu’au bout de plusieurs mois de pratique, une fois que les bases du maniement du shinai sont acquises. Prévoyez alors 150 à 400 € selon la qualité choisie.

Comment trouver un dojo de kendo ?

En France, le CNKDR (Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées), rattaché à la FFJDA, dispose d’un annuaire en ligne des clubs. Vous pouvez filtrer par département pour trouver le club le plus proche de chez vous. En Corse-du-Sud (2A), plusieurs clubs proposent des cours pour débutants. N’hésitez pas à contacter le club directement pour assister à une séance découverte avant de vous inscrire : presque tous les dojos accueillent les curieux à bras ouverts.

La première séance : à quoi s’attendre ?

Lors des premières séances, pas d’armure, pas de combat : on commence par les déplacements, la façon de tenir le shinai, les frappes de base. Mon petit secret de terrain : n’ayez pas peur du kiai, ce cri que poussent les kendoka en frappant. Ca parait intimidant au début, mais c’est libérateur une fois qu’on l’a lâché. Et ca fait drôlement rire les débutants la première fois. Soyez patient, l’apprentissage du kendo est progressif, et c’est justement ce qui le rend si satisfaisant sur la durée. Si vous cherchez des idées d’entrainement sportif accessibles depuis chez vous pour vous préparer physiquement, j’ai quelques pistes à vous proposer.

Les règles et le système de grades au kendo

Le ki ken tai no itchi : la notion fondamentale

La philosophie centrale du kendo tient en une expression : ki ken tai no itchi (気剣体の一致), soit « l’esprit, le sabre et le corps en un ». Pour qu’un coup soit valable, ces trois éléments doivent agir simultanément : le ki (l’énergie et la détermination, exprimée par le kiai), le ken (la frappe avec la partie valable du shinai sur une zone autorisée) et le tai (l’engagement du corps, matérialisé par la frappe du pied avant au sol). Un coup sans kiai, ou sans engagement du corps, ne compte pas. C’est cette exigence qui donne au kendo sa profondeur.

Les zones de frappe valables

En compétition, seules quatre zones du corps, appelées datotsu-bui, peuvent être frappées pour marquer un point :

  • Men : la tête
  • Kote : les poignets
  • Do : les flancs
  • Tsuki : la gorge

Pour qu’un point (ippon) soit accordé, trois arbitres évaluent simultanément la frappe. Deux d’entre eux doivent lever le drapeau de la couleur du combattant qui a frappé. C’est une évaluation exigeante, qui reflète la rigueur du kendo.

Du kyu au dan : la progression en kendo

Le système de grades du kendo est calqué sur celui des autres arts martiaux japonais. Les débutants progressent du 6e au 1er kyu, puis passent aux dans (du 1er au 8e dan). Le 8e dan est le grade le plus élevé, extrêmement rare et difficile à obtenir même au Japon. Parallèlement aux dans, il existe des titres d’enseignants : renshi, kyoshi et hanshi (le titre de maître suprême). En France, l’âge minimum pour passer le 1er dan est de 13 ans, et il faut justifier de 3 licences fédérales. Rien d’inaccessible pour qui s’entraine sérieusement.

Le kendo en compétition

Comment se déroule un combat (shiai) ?

Un combat de kendo, appelé shiai, se joue en trois points maximum (sanbon shobu), sur une durée de cinq minutes, dans une aire de 9 à 11 mètres de côté. Le premier combattant à marquer deux points remporte le match. En cas d’égalité à la fin du temps réglementaire, une prolongation sans limite de temps est jouée jusqu’au premier point marqué. Les sorties de zone, la perte du shinai ou les comportements incorrects sont sanctionnés par des avertissements (hansoku). Deux avertissements donnent automatiquement un point à l’adversaire.

Les tournois en France et dans le monde

La Fédération Internationale de Kendo (FIK), créée en 1970, regroupe aujourd’hui des dizaines de fédérations nationales. Elle organise les Championnats du monde de kendo (WKC) tous les trois ans. Paris a eu l’honneur d’accueillir ces championnats à deux reprises, en 1985 et en 1994. En Europe, l’Open de France de kendo est l’un des tournois les plus prestigieux du continent, et il continue d’attirer les meilleurs compétiteurs mondiaux. Si vous êtes passionné de sport à l’esprit combatif et de précision, le kendo de compétition vaut vraiment le déplacement rien que pour regarder.

La France, puissance mondiale du kendo

Ce n’est pas toujours connu du grand public, mais la France est l’une des nations les plus fortes du kendo mondial. La fédération française est la plus importante d’Europe avec environ 5 000 licenciés. Les kendoka français ont brillé sur la scène internationale à de nombreuses reprises, portant haut les couleurs tricolores dans des compétitions où le Japon et la Corée dominent habituellement. Une fierté nationale trop souvent méconnue.

Le kendo à Ajaccio et en Corse

Depuis Ajaccio, je peux vous confirmer que la pratique du kendo existe bel et bien sur notre ile. Si vous souhaitez vous lancer, je vous recommande de contacter directement la FFJDA ou le CNKDR pour connaitre les clubs actifs en Corse-du-Sud. Les dojos corses ont souvent l’avantage d’être de taille humaine, avec une ambiance conviviale et des sensei accessibles. C’est exactement le cadre idéal pour débuter sans se sentir perdu dans une grande structure. Et entre deux sessions d’entrainement, ici on a la chance d’avoir la mer à deux pas pour se ressourcer. Pas si mal comme programme. Si vous cherchez d’autres activités sportives à pratiquer en famille sur notre belle ile, jetez un œil à ce que Corse a à offrir même par temps de pluie.

FAQ : vos questions sur le kendo

Le kendo est-il dangereux ?

Non, le kendo est l’un des arts martiaux les moins dangereux. L’armure (bogu) protège efficacement les zones sensibles, et le shinai en bambou est conçu pour amortir les chocs. Les blessures graves sont extrêmement rares.

Le kendo convient-il aux enfants ?

Absolument. Dès 5-6 ans, les enfants peuvent pratiquer le kendo. La discipline apprise est remarquable pour le développement de la concentration et du respect, et les séances sont ludiques pour les plus jeunes.

Combien coûte un équipement complet de kendo ?

Pour débuter, comptez 50-100 € pour le keikogi et le hakama, 25-30 € pour le shinai. L’armure complète (bogu) représente 150 à 400 € selon la gamme. Beaucoup de clubs prêtent le matériel pour les premières semaines.

Faut-il une bonne condition physique pour commencer ?

Pas du tout. Le kendo est progressif. Les premières séances ne portent que sur les bases des déplacements et du maniement du shinai. La condition physique s’améliore naturellement avec la pratique.

Combien de temps pour obtenir son premier dan ?

En France, il faut avoir au minimum 13 ans et justifier de 3 licences fédérales consécutives pour se présenter à l’examen du 1er dan. Cela correspond généralement à 2 à 4 ans de pratique régulière.

Le kendo est-il pratiqué par des femmes ?

Oui, tout à fait. Les entrainements sont généralement mixtes, et des compétitions féminines sont organisées à tous les niveaux, jusqu’aux Championnats du monde.

Kendo ou karaté : lequel choisir pour débuter ?

Les deux sont excellents. Si l’attrait de la culture japonaise du sabre et la dimension spirituelle vous séduisent, choisissez le kendo. Si vous préférez un art centré sur les coups de pied et de poing, le karaté sera plus adapté.

Y a-t-il des clubs de kendo à Ajaccio ?

La pratique existe en Corse-du-Sud. Renseignez-vous directement auprès du CNKDR ou de la FFJDA pour connaitre les clubs actifs et les horaires des cours près de chez vous.

Conclusion : le kendo, bien plus qu’un sport

Le kendo est une discipline d’une richesse rare : il forge le corps, affute l’esprit, transmet des valeurs profondes et plonge ses pratiquants dans une culture millénaire. Que vous soyez parent à la recherche d’une activité sérieuse pour votre enfant, sportif curieux d’explorer de nouveaux horizons, ou adulte souhaitant trouver une pratique qui tient la distance, le kendo mérite vraiment que vous poussiez la porte d’un dojo. La première séance est toujours gratuite dans la grande majorité des clubs. Alors, pourquoi ne pas essayer ? Le pire qui puisse arriver, c’est de ne pas tomber amoureux. Mais franchement, moi j’ai rarement vu quelqu’un repartir indifférent. À vos shinai !

À propos de l'auteur
Marc L.

Laisser un commentaire